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16 Mar , 2026

Le renforcement du contrôle administratif des établissements pharmaceutiques de fabrication en Algérie : analyse de l’arrêté du 22 septembre 2025

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Le renforcement du contrôle administratif des établissements pharmaceutiques de fabrication en Algérie : analyse de l’arrêté du 22 septembre 2025 illustration

L’encadrement juridique des établissements pharmaceutiques de fabrication en Algérie s’inscrit dans une dynamique de renforcement continu du contrôle étatique sur une activité à forts enjeux sanitaires et économiques. Dans ce contexte, l’arrêté du 22 septembre 2025 fixant les éléments du dossier de demande d’agrément d’un établissement pharmaceutique de fabrication, les modalités de traitement du dossier ainsi que la liste des modifications à caractère substantiel constitue un texte central.

Pris en application de la loi n° 18-11 relative à la santé et du décret exécutif n° 21-82 du 23 février 2021, cet arrêté remplace le dispositif de 2021 et opère une rationalisation approfondie des procédures d’agrément. Il ne se contente pas de formaliser des exigences documentaires : il restructure en réalité le cycle de vie administratif complet de l’établissement pharmaceutique, depuis sa conception jusqu’à son exploitation, en passant par ses évolutions techniques.

Derrière cette technicité apparente se dessine une logique claire : subordonner l’activité industrielle pharmaceutique à une maîtrise administrative continue fondée sur le risque, la traçabilité et la conformité aux bonnes pratiques de fabrication (BPF).

Un processus d’agrément en deux phases traduisant une logique de contrôle anticipé

L’arrêté repose sur une architecture en deux temps :

  • un agrément préalable de réalisation,
  • suivi d’un agrément d’ouverture.

1. L’agrément préalable de réalisation : un filtrage en amont du projet

Avant même la construction ou l’exploitation, tout projet d’établissement pharmaceutique doit faire l’objet d’un agrément préalable permettant notamment l’acquisition des équipements.

Le dossier exigé (article 3) est particulièrement dense. Il inclut :

  • les éléments juridiques (statuts, registre du commerce) ;
  • les autorisations environnementales ;
  • des plans techniques détaillés (flux, équipements, systèmes HVAC) ;
  • une description du système qualité ;
  • les caractéristiques des produits envisagés (formes pharmaceutiques, classes thérapeutiques, dispositifs médicaux, etc.).

Autrement dit, l’agrément n’est pas un simple feu vert administratif, mais un mécanisme de validation technique préalable du modèle industriel.

2. Une procédure d’instruction fortement structurée

Le traitement du dossier suit une chaîne décisionnelle précise :

  1. Vérification de recevabilité (5 jours)
  2. Évaluation technique par les inspecteurs de l’agence nationale des produits pharmaceutiques
  3. Examen par une commission technique spécialisée
  4. Décision du ministre

Ce schéma montre une centralisation forte du pouvoir décisionnel, mais avec une technicisation de l’expertise.

L’agrément d’ouverture : la consécration d’un contrôle de conformité opérationnelle

1. Le passage d’une logique de projet à une logique d’exploitation

Une fois l’établissement réalisé, l’exploitant doit solliciter un agrément d’ouverture, condition sine qua non de mise en activité.

Ce second agrément repose sur :

  • un dossier actualisé incluant le Site Master File ;
  • des justificatifs de conformité réglementaire (sécurité, environnement) ;
  • une expertise physique du site par les inspecteurs.

Ce basculement est essentiel : on passe d’un contrôle ex ante théorique à un contrôle in concreto des installations.

2. Une durée différenciée révélatrice de la logique de risque

  • Agrément préalable : 2 ans
  • Agrément d’ouverture : 5 ans

Ce différentiel n’est pas neutre. Il traduit une idée implicite : le risque principal est situé dans la phase de conception et de mise en place, plus que dans l’exploitation stabilisée.

Mais cette hypothèse peut être discutée : dans les faits, les dérives apparaissent souvent en phase d’exploitation (pression économique, sous-traitance, réduction des coûts).

La consécration d’un régime juridique des modifications : vers une régulation dynamique

C’est probablement la partie la plus structurante du texte.

1. La notion de modification à caractère substantiel

L’arrêté introduit une définition fonctionnelle :

une modification ayant un impact significatif sur les opérations pharmaceutiques.

Sont notamment visées :

  • introduction de nouvelles formes pharmaceutiques ;
  • modification des installations ;
  • ajout d’équipements ;
  • modification des systèmes critiques (air, eau).

2. Une obligation d’autorisation préalable

Toute modification substantielle nécessite :

  • une demande formalisée ;
  • une analyse d’impact et des risques ;
  • une évaluation technique ;
  • une décision administrative.

3. Distinction avec les modifications non substantielles

Certaines modifications (changement de dénomination, siège, etc.) relèvent d’une simple déclaration.

Mais attention à une illusion fréquente : cette distinction n’est pas purement juridique, elle est hautement interprétative.

Et donc potentiellement source d’insécurité pour les opérateurs.

Une montée en puissance de la logique de conformité et de gestion des risques

1. L’omniprésence des bonnes pratiques de fabrication (BPF)

Le texte est entièrement structuré autour des BPF :

  • conception des locaux
  • organisation des flux
  • système qualité
  • gestion des contaminations
  • validation des procédés

Cela montre une volonté d’alignement sur les standards internationaux.

2. Le rôle central du pharmacien directeur technique

Le pharmacien directeur technique est au cœur du dispositif :

  • dépôt des dossiers
  • responsabilité des informations
  • supervision technique

On lui attribue une responsabilité considérable.

Une procédure encadrée mais encore exposée à des rigidités

1. Délais encadrés mais variables

Les délais sont fixés (5 jours, 15 jours à 3 mois, etc.), mais :

  • ils dépendent de la complexité du dossier ;
  • ils impliquent plusieurs acteurs.

2. Une logique de conformité formelle pouvant freiner l’innovation

Le niveau de détail exigé peut :

  • sécuriser la qualité
  • mais aussi rigidifier les projets industriels

L’arrêté du 22 septembre 2025 marque une évolution majeure du cadre juridique applicable aux établissements pharmaceutiques de fabrication en Algérie. Il instaure un système complet, structuré et exigeant, reposant sur :

  • un double agrément (réalisation / ouverture) ;
  • une procédure d’instruction technique approfondie ;
  • un contrôle continu via le régime des modifications substantielles.

Ce texte n’est pas seulement un instrument de régulation — c’est un outil de contrôle intensif de l’activité industrielle.

Sa réussite dépendra moins de sa précision juridique que de :

  • la capacité administrative à traiter efficacement les dossiers ;
  • la compétence technique des inspecteurs ;
  • et surtout de l’équilibre entre sécurité sanitaire et dynamisme industriel.

Si cet équilibre n’est pas maîtrisé, le risque est clair : transformer une régulation nécessaire en frein structurel au développement du secteur pharmaceutique.


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