Le décret exécutif n° 26-165 du 3 mai 2026 fixe l’organisation de la circonscription électorale de la communauté nationale établie à l’étranger ainsi que le nombre de sièges attribués à cette représentation au sein de l’Assemblée Populaire Nationale (APN).
Derrière ce texte technique se trouve une question démocratique majeure : comment représenter politiquement plusieurs millions de ressortissants vivant hors du territoire national, dispersés sur plusieurs continents, avec des réalités sociales, économiques et culturelles très différentes.
Le décret remplace le dispositif antérieur de 2021 et redessine la carte électorale de la diaspora algérienne.
Pourquoi cette réforme compte réellement
Beaucoup considèrent le vote des citoyens établis à l’étranger comme symbolique. C’est une erreur.
La diaspora :
- transfère des capitaux ;
- entretient des liens familiaux structurants ;
- influence l’image du pays à l’international ;
- participe aux débats publics ;
- peut contribuer économiquement, intellectuellement et diplomatiquement.
Lui accorder une représentation parlementaire n’est donc pas un geste décoratif. C’est la reconnaissance d’un corps civique transnational.
La vraie question n’est pas de savoir s’il faut représenter la diaspora, mais comment le faire équitablement.
Douze députés pour la communauté nationale à l’étranger
Le décret confirme que la communauté nationale établie à l’étranger sera représentée par douze députés à l’Assemblée Populaire Nationale.
Ces sièges sont répartis selon deux critères annoncés :
- la géographie ;
- la densité de population.
C’est logique en théorie. Une représentation purement géographique ignorerait les concentrations humaines. Une représentation purement démographique écraserait les zones plus dispersées.
Le texte tente donc un compromis.
Mais tout dépend des données utilisées : sans statistiques électorales actualisées, la notion de densité peut devenir politique plus que mathématique.
Huit zones géographiques : une diaspora découpée par grands ensembles
La circonscription extérieure est divisée en huit zones.
Trois zones concernent principalement la France, ce qui reflète le poids historique et numérique de la présence algérienne sur ce territoire :
- Zone 1 : région parisienne élargie ;
- Zone 2 : nord, est et ouest de la France ;
- Zone 3 : sud et centre de la France.
À elles seules, ces trois zones obtiennent six sièges sur douze, soit la moitié de la représentation totale.
Ce choix est rationnel au regard de la démographie probable. Mais il confirme aussi une réalité : la diaspora algérienne reste électoralement structurée autour de la France.
Le reste du monde réparti en blocs continentaux
Les autres zones regroupent :
- Maghreb et reste de l’Afrique ;
- Amériques ;
- Machrek, Asie et Océanie ;
- Europe du Nord ;
- Europe du Sud.
Cette méthode permet d’éviter une multiplication infinie des circonscriptions. Mais elle pose une difficulté sérieuse : certaines zones couvrent des espaces gigantesques et hétérogènes.
Exemple évident : réunir l’Asie, l’Océanie et le Machrek dans une seule zone revient à regrouper des électeurs vivant dans des contextes radicalement différents.
Même remarque pour les Amériques : un électeur à Montréal n’a pas les mêmes enjeux qu’un autre à São Paulo ou Mexico.
Le découpage est administrativement pratique, mais politiquement imparfait.
Condition de résidence des candidats
Le décret impose que les candidats figurant sur une liste résident dans la zone qu’ils souhaitent représenter.
Sur le principe, c’est défendable : représenter un territoire suppose en connaître les réalités.
Cela limite aussi les candidatures opportunistes de personnalités installées ailleurs.
Mais cette règle pose une question délicate : comment prouver la résidence réelle ? Résidence administrative ? fiscale ? principale ? effective ?
Sans critères stricts, la règle peut devenir contestable ou contournable.
Centralisation du dépôt des candidatures
Chaque zone possède un poste diplomatique ou consulaire de référence pour le dépôt des dossiers : Paris, Lille, Marseille, Tunis, Washington, Doha, Bruxelles, Madrid.
Pour certaines zones, le texte autorise aussi un dépôt auprès du poste du lieu de résidence, avec transmission au coordinateur compétent.
C’est pragmatique. Sans cela, un candidat vivant loin du poste central aurait des coûts et contraintes excessifs.
Cependant, la réussite dépendra encore une fois de l’exécution :
- rapidité des transmissions ;
- sécurité documentaire ;
- égalité de traitement ;
- respect des délais.
Un bon mécanisme sur le papier peut échouer par simple logistique.
La surreprésentation ou sous-représentation potentielle
Le vrai débat n’est pas dans les intitulés des zones, mais dans le ratio sièges/population.
Douze députés pour l’ensemble de la diaspora peuvent paraître :
- suffisants si la participation reste faible ;
- insuffisants si l’inscription et le vote augmentent fortement.
Autre enjeu : certaines zones très vastes n’obtiennent qu’un seul siège. Cela concentre des millions de kilomètres carrés et des communautés multiples dans une représentation unique.
Un député unique censé porter la voix de dizaines de pays risque d’incarner davantage une zone administrative qu’un électorat cohérent.
Une lecture politique du texte
Ce décret envoie plusieurs messages implicites :
- la diaspora demeure un enjeu politique national ;
- la France reste le centre démographique principal ;
- l’État cherche à organiser le vote extérieur de manière plus structurée ;
- les postes diplomatiques deviennent des relais électoraux essentiels.
Mais il faut poser une question plus rude : la représentation extérieure est-elle pensée pour renforcer la participation citoyenne, ou principalement pour encadrer administrativement le vote ?
Les deux logiques ne se confondent pas toujours.
Ce que les électeurs à l’étranger doivent surveiller
Les citoyens concernés devraient regarder au-delà du découpage :
- facilité d’inscription sur les listes électorales ;
- accessibilité réelle des bureaux de vote ;
- transparence des candidatures ;
- délais consulaires ;
- participation effective ;
- capacité des députés élus à défendre des dossiers concrets.
Un siège parlementaire sans lien opérationnel avec les électeurs devient symbolique.
Le décret exécutif n° 26-165 du 3 mai 2026 réorganise la représentation parlementaire des Algériens établis à l’étranger autour de huit zones et douze sièges.
Le texte a le mérite de clarifier la carte électorale extérieure et d’adapter le dispositif antérieur. Il reconnaît le poids stratégique de la diaspora dans la vie nationale.
Mais comme souvent en droit électoral, la vraie justice ne réside pas seulement dans le découpage. Elle dépend :
- de la sincérité du scrutin ;
- de l’égalité d’accès au vote ;
- de la qualité de la représentation ;
- de l’actualisation régulière des équilibres démographiques.
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