Sécurité alimentaire et souveraineté agricole : les nouvelles orientations juridiques du secteur à partir de 2026
La question de la sécurité alimentaire occupe une place centrale dans les politiques publiques contemporaines, en particulier pour les États fortement dépendants des importations alimentaires. En Algérie, cette problématique s’inscrit dans un contexte marqué à la fois par les contraintes climatiques, la volatilité des marchés internationaux, et la volonté affirmée des pouvoirs publics de diversifier l’économie nationale et de réduire la dépendance aux hydrocarbures.
C’est dans ce cadre que le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche a présenté, le 1er février 2026, devant le Conseil de la nation, les principaux axes de la stratégie nationale du secteur, destinée à renforcer la sécurité alimentaire et à réduire progressivement les importations à court et moyen termes. Cette intervention, réalisée lors d’une journée parlementaire, ne constitue pas un simple exposé technique, mais s’analyse comme une orientation structurante de l’action publique, appelée à se traduire par des réformes législatives, réglementaires et institutionnelles majeures à partir de 2026.
L’intérêt juridique de cette stratégie réside dans la refonte annoncée du cadre normatif régissant l’agriculture, l’élevage, la pêche et le foncier agricole, ainsi que dans l’évolution du rôle de l’État en matière de régulation, de financement et de contrôle.
Une stratégie publique fondée sur le principe de souveraineté alimentaire
La stratégie exposée repose sur un principe directeur clairement affirmé : atteindre le plus haut niveau possible d’autosuffisance alimentaire, afin de satisfaire les besoins nationaux par la production locale.
Sur le plan juridique, cette orientation s’inscrit dans la logique des missions régaliennes de l’État, notamment la garantie de l’approvisionnement des populations et la protection de l’intérêt général. Elle justifie l’adoption de politiques publiques sectorielles contraignantes, tant pour les acteurs économiques que pour les administrations concernées.
Le ministre a souligné que cette stratégie vise :
- la réduction progressive des importations de produits agricoles et d’intrants stratégiques ;
- la consolidation de la production nationale comme fondement de la sécurité alimentaire ;
- l’intégration de la recherche scientifique et de l’innovation technologique dans les politiques agricoles.
Ces orientations constituent un cadre de référence pour l’élaboration future des textes législatifs et réglementaires applicables au secteur.
Les réformes structurelles annoncées dans les filières agricoles et d’élevage
La stratégie prévoit une série de mesures structurantes touchant directement à l’organisation des filières agricoles, lesquelles appellent une intervention normative renforcée.
En matière de production végétale, l’accent est mis sur :
- l’amélioration du rendement des céréales par l’encadrement technique, la sélection variétale et la mécanisation ;
- la création de laboratoires spécialisés en santé végétale et animale ;
- la production nationale de semences, y compris hybrides, afin de limiter la dépendance extérieure.
Concernant l’élevage, plusieurs orientations ont une portée juridique significative, notamment :
- l’élaboration d’un nouveau cadre législatif relatif à l’élevage, intégrant l’identification électronique du cheptel ;
- la criminalisation de l’abattage des femelles reproductrices, mesure de police économique visant à protéger le potentiel productif national ;
- la mise en place de programmes nationaux, tels que le transfert d’embryons dans la filière bovine.
Ces mesures traduisent un renforcement du pouvoir normatif et de contrôle de l’État, justifié par l’objectif de préservation des ressources et de stabilité des filières.
L’encadrement juridique du foncier agricole et des mécanismes de financement
La question du foncier agricole occupe une place centrale dans la stratégie présentée. Le ministre a annoncé l’élaboration d’un nouveau projet de loi unifié sur le foncier agricole, actuellement en cours d’examen, destiné à corriger les dysfonctionnements constatés dans la gestion et l’exploitation des terres agricoles.
Cette réforme vise notamment :
- la protection du foncier agricole en tant que ressource non renouvelable ;
- la lutte contre les dépassements et les usages non conformes ;
- la sécurisation juridique des exploitants agricoles.
Par ailleurs, la stratégie prévoit le renforcement des mécanismes de financement public, à travers :
- le lancement de microcrédits spécifiques ;
- la création d’un fonds d’investissement agricole ;
- l’adaptation des produits d’assurance agricole aux risques climatiques.
Ces dispositifs impliquent une évolution du cadre réglementaire applicable aux aides publiques et à l’assurance agricole.
Modernisation administrative et gouvernance du secteur agricole
Enfin, la stratégie met l’accent sur la modernisation de la gouvernance du secteur, notamment par :
- la révision de la loi d’orientation agricole afin de simplifier les procédures et d’encourager l’initiative privée ;
- la réforme du cadre juridique des coopératives agricoles pour en faciliter la création et le fonctionnement ;
- la mise en place d’un système national d’information agricole, destiné à améliorer la collecte et l’exploitation des données.
Sur le plan juridique, ces mesures participent d’une volonté de rationalisation de l’action administrative et d’amélioration de la qualité de la décision publique, en s’appuyant sur des données fiables et actualisées.
La présentation de la stratégie nationale de sécurité alimentaire par le ministre de l’Agriculture marque une étape importante dans l’évolution du droit agricole algérien. Au-delà des annonces sectorielles, elle préfigure une restructuration profonde du cadre juridique et institutionnel, articulée autour de la souveraineté alimentaire, de la durabilité des ressources et de la modernisation de l’action publique.
La concrétisation de cette stratégie dépendra toutefois de la traduction normative effective des orientations annoncées, ainsi que de la capacité des pouvoirs publics à assurer leur mise en œuvre cohérente et contrôlée à partir de 2026.
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