Les hydrocarbures et les ressources minières occupent depuis l’indépendance une place centrale dans l’économie algérienne. Ils constituent à la fois une source essentielle de recettes publiques, un levier de souveraineté nationale et un facteur déterminant de stabilité économique et sociale. Toutefois, ce secteur stratégique est confronté à des mutations profondes : volatilité des marchés énergétiques mondiaux, transition vers des énergies plus durables, exigences accrues en matière environnementale, pression sur les ressources naturelles et nécessité de diversification économique.
Ces dernières années, l’Algérie a engagé une réorganisation institutionnelle progressive de la gouvernance du secteur énergétique et minier. Après l’existence d’un ministère regroupant l’énergie, les mines et les énergies renouvelables, le choix a été fait de spécialiser davantage les portefeuilles ministériels, afin de renforcer l’efficacité de l’action publique, la cohérence des politiques sectorielles et la capacité de pilotage stratégique.
C’est dans ce contexte que s’inscrit le décret exécutif n° 26-10 du 7 janvier 2026, fixant les attributions du ministre des hydrocarbures et des mines. Ce texte ne se limite pas à une simple énumération de compétences administratives : il redéfinit en profondeur le rôle de l’État dans la gestion, la valorisation et la régulation de ressources vitales, tout en intégrant des dimensions nouvelles telles que la réduction de l’empreinte carbone, le dessalement de l’eau, la numérisation et les carburants durables.
Un ministère chargé de la définition et de la mise en œuvre de la politique nationale des hydrocarbures et des mines
Le décret confie au ministre des hydrocarbures et des mines une mission fondamentale : l’élaboration et la mise en œuvre des politiques et stratégies nationales relatives à la recherche, à la production et à la valorisation des ressources hydrocarbures et minières.
Cette compétence s’exerce dans le cadre de la politique générale du Gouvernement et en conformité avec les lois et règlements en vigueur. Le ministre est ainsi un acteur central de la décision stratégique, chargé de proposer les orientations de la politique des hydrocarbures et des mines, tout en veillant à leur traduction concrète sur le terrain.
Le texte insiste sur une approche globale du secteur, englobant l’ensemble de la chaîne de valeur : prospection, production, transformation, transport, stockage et commercialisation. Il marque également une évolution importante en intégrant explicitement des enjeux transversaux, comme la sécurité énergétique, la durabilité environnementale et l’optimisation des ressources.
Une compétence étendue couvrant hydrocarbures, mines et activités connexes
Le décret dresse une liste large et détaillée des domaines d’intervention du ministre, traduisant la complexité et l’interdépendance des activités du secteur.
1. Les hydrocarbures : de la production à la commercialisation
Le ministre est compétent pour toutes les activités liées aux hydrocarbures liquides et gazeux, depuis la prospection jusqu’à la distribution. Il veille à une exploitation rationnelle et optimale des ressources nationales, à leur conservation et à leur valorisation.
Il joue également un rôle clé dans le développement des infrastructures de transport par canalisations, du raffinage et de la transformation, ainsi que dans la définition de la stratégie de commercialisation des hydrocarbures, élément déterminant pour les recettes nationales.
2. Les activités minières : valorisation et développement durable
En matière minière, le ministre élabore la politique nationale relative à l’infrastructure géologique, à la recherche minière et à l’exploitation des mines et carrières. L’objectif affiché est une valorisation optimale des ressources minérales, inscrite dans une perspective de développement durable.
Le décret met l’accent sur la reconstitution des réserves minières, le renforcement des capacités productives des entreprises minières et la régulation des substances explosives, domaine sensible nécessitant une coordination étroite avec les autres institutions de l’État.
L’intégration de nouveaux enjeux stratégiques : environnement, dessalement et carburants durables
L’un des apports majeurs du décret réside dans l’intégration explicite de nouveaux axes stratégiques, révélateurs de l’évolution des priorités nationales.
Le ministre est chargé de contribuer à la réduction de l’empreinte carbone dans la chaîne de valeur des hydrocarbures et des mines, traduisant une prise en compte croissante des engagements environnementaux et climatiques.
Il participe également au développement et à l’exploitation des infrastructures de dessalement de l’eau, secteur devenu stratégique face aux défis hydriques. Cette compétence illustre la transversalité du ministère, à l’interface entre énergie, industrie et sécurité hydrique.
Enfin, le décret confie au ministre le développement des carburants durables, signalant une volonté de préparer progressivement l’avenir énergétique du pays, sans rompre brutalement avec les hydrocarbures.
Un rôle central en matière de régulation, de normalisation et de sécurité industrielle
Le ministre des hydrocarbures et des mines exerce des attributions importantes en matière de contrôle, de normalisation et de sécurité. Il élabore les règlements techniques relatifs au contrôle de conformité des véhicules, des équipements sous pression et des substances explosives, et veille à leur application.
Il définit également les règles de sécurité industrielle applicables aux installations hydrocarbures, minières et aux unités de dessalement, contribuant ainsi à la prévention des risques industriels, à la protection des travailleurs et à la préservation de l’environnement.
Prospective, coopération internationale et cadre juridique
Le décret confère au ministre un rôle actif en matière de prospective économique et stratégique. Il doit assurer une veille sur l’évolution des marchés énergétiques et miniers internationaux, analyser leurs impacts sur l’économie nationale et initier des études d’anticipation.
Sur le plan juridique, le ministre est chargé de l’adaptation du cadre normatif du secteur et du suivi des contentieux et arbitrages, un enjeu majeur dans un domaine fortement exposé aux investissements internationaux.
Enfin, il représente l’Algérie dans les organisations régionales et internationales compétentes et participe aux négociations internationales, renforçant la diplomatie énergétique et minière du pays.
Gouvernance interne, numérisation et pilotage du secteur
Le texte confie également au ministre des responsabilités internes importantes : définition de la stratégie de numérisation, évaluation des besoins en ressources humaines et financières, approbation des budgets des organismes sous tutelle et contrôle des structures relevant de son autorité.
Ces dispositions traduisent une volonté de modernisation de la gouvernance, fondée sur une meilleure coordination, une transparence accrue et un pilotage plus efficace du secteur.
Un cadre juridique au service d’une vision stratégique renouvelée
Le décret exécutif n° 26-10 du 7 janvier 2026 constitue bien plus qu’un simple texte d’organisation administrative. Il consacre une refonte stratégique du rôle du ministre des hydrocarbures et des mines, adaptée aux défis économiques, énergétiques et environnementaux contemporains.
En clarifiant les compétences, en intégrant de nouveaux enjeux et en renforçant les mécanismes de régulation et de prospective, ce décret offre un cadre juridique structurant pour une gestion plus efficace, durable et souveraine des ressources nationales.
À travers ce texte, l’État algérien affirme sa volonté de préserver ses richesses naturelles tout en préparant l’avenir, dans un équilibre délicat entre exploitation économique, sécurité énergétique et transition progressive vers des modèles plus durables.
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