La prise en charge des personnes atteintes de troubles du spectre de l’autisme (TSA) constitue aujourd’hui un enjeu majeur des politiques publiques sociales et sanitaires. En Algérie, l’adoption du Décret exécutif n° 26‑82 du 14 janvier 2026 s’inscrit dans une dynamique normative visant à concrétiser les droits reconnus aux personnes ayant des besoins spécifiques par la loi n° 25‑01 relative à la protection et à la promotion des personnes ayant des besoins spécifiques.
Ce texte opère une institutionnalisation de structures spécialisées dotées de la personnalité morale et de l’autonomie financière, tout en précisant leur organisation administrative, pédagogique et financière. Il traduit ainsi le passage d’une approche assistancielle à une approche fondée sur les droits, l’inclusion et la prise en charge pluridisciplinaire.
L’analyse juridique de ce décret met en évidence, d’une part, la consécration d’un cadre institutionnel spécifique pour la prise en charge de l’autisme et, d’autre part, les mécanismes de gouvernance et de gestion financière qui garantissent son fonctionnement.
La consécration d’un cadre juridique institutionnel pour la prise en charge spécialisée de l’autisme
1. La nature juridique des centres : des établissements publics à caractère administratif
Le décret confère aux centres spécialisés le statut d’établissements publics à caractère administratif (EPA). Ce choix n’est pas neutre sur le plan juridique.
Il implique :
- la personnalité morale ;
- l’autonomie financière ;
- la soumission aux règles de la comptabilité publique ;
- l’exercice d’une mission de service public.
Le rattachement à la tutelle du ministre chargé de la solidarité nationale confirme la dimension sociale et inclusive de la prise en charge de l’autisme, tout en assurant l’unité de la politique publique en la matière.
2. Une création par voie réglementaire traduisant la planification territoriale du service public
Le décret prévoit que chaque centre est créé par un texte réglementaire fixant sa dénomination et son siège, avec la possibilité de créer des annexes par arrêté conjoint.
Ce mécanisme permet :
- une adaptation aux besoins locaux ;
- une couverture progressive du territoire ;
- une planification administrative de l’offre de prise en charge.
Une mission de service public fondée sur une approche globale et individualisée
1. La consécration d’une prise en charge pluridisciplinaire
Les missions des centres dépassent largement le cadre éducatif classique. Elles englobent :
- l’éducation spécialisée ;
- le suivi psychologique ;
- la rééducation fonctionnelle et orthophonique ;
- l’accompagnement familial ;
- la préparation à l’inclusion scolaire et professionnelle.
Cette approche traduit l’influence des standards internationaux relatifs aux droits des personnes en situation de handicap, fondés sur l’individualisation des parcours.
2. Le projet individualisé : un instrument juridique de personnalisation des droits
L’obligation d’élaborer un projet individualisé pour chaque bénéficiaire constitue une innovation majeure.
Sur le plan juridique, ce dispositif :
- reconnaît la singularité de la situation de chaque enfant ;
- associe les parents à la décision ;
- impose une obligation de moyens renforcée à l’administration.
Il s’agit d’un outil de garantie du droit à une prise en charge adaptée.
Une organisation administrative fondée sur la gouvernance participative et l’expertise technique
1. Le conseil d’administration : un organe de gouvernance territoriale
La composition du conseil d’administration reflète une approche intersectorielle :
- solidarité nationale ;
- éducation ;
- formation professionnelle ;
- santé ;
- jeunesse et culture ;
- mouvement associatif.
Cette configuration permet :
- la coordination des politiques publiques ;
- l’ancrage local de la décision ;
- la participation de la société civile.
2. Le directeur : autorité exécutive et ordonnateur du budget
Le directeur concentre les fonctions exécutives :
- représentation en justice ;
- gestion administrative ;
- préparation du budget ;
- autorité hiérarchique sur le personnel.
Il constitue le pivot entre la tutelle administrative et la gestion opérationnelle.
3. Le conseil psycho-pédagogique : la consécration de l’expertise scientifique dans la décision administrative
La création d’un conseil composé de spécialistes (pédopsychiatre, psychologue, orthophoniste, éducateurs spécialisés) traduit la juridicisation de l’approche scientifique dans la prise en charge.
Cet organe :
- donne un avis sur les admissions ;
- oriente les méthodes pédagogiques ;
- évalue les résultats.
Il garantit ainsi la qualité des prestations fournies.
Un régime financier conforme aux règles de la comptabilité publique
Le décret soumet les centres :
- à un budget annuel approuvé par la tutelle ;
- au contrôle d’un contrôleur budgétaire ;
- à la gestion par un agent comptable.
Ce dispositif assure :
- la transparence financière ;
- la régularité des dépenses ;
- le contrôle de l’utilisation des fonds publics.
La diversification des ressources (subventions, dons, recettes d’activités) renforce la capacité d’action des centres.
Le décret exécutif n° 26-82 du 14 janvier 2026 constitue une avancée normative majeure dans le système algérien de protection sociale. Il opère :
- la reconnaissance institutionnelle de la prise en charge de l’autisme ;
- la structuration d’un service public spécialisé ;
- l’introduction d’une gouvernance pluridisciplinaire et participative ;
- la garantie d’un encadrement financier rigoureux.
Au-delà de sa portée organisationnelle, ce texte consacre une approche fondée sur les droits, l’inclusion et la dignité des personnes atteintes de troubles du spectre de l’autisme. Il marque ainsi le passage d’une logique d’assistance à une véritable politique publique de prise en charge spécialisée.
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